Souveraineté numérique : quand l’affaire Anthropic rappelle aux DSI européennes qu’il est temps de préparer un plan B
Pendant longtemps, la question de la souveraineté numérique a été perçue comme un sujet réservé aux administrations, aux acteurs de la défense ou aux grandes infrastructures nationales.
Pour la majorité des entreprises, la priorité était ailleurs : moderniser les systèmes d’information, accélérer les projets de transformation, réduire les coûts d’exploitation ou gagner en agilité grâce au cloud.
Dans ce contexte, les grands fournisseurs technologiques américains se sont naturellement imposés. AWS, Microsoft, Google, Salesforce, OpenAI ou encore Anthropic sont devenus en quelques années des partenaires incontournables de nombreuses DSI européennes.
L’essor spectaculaire de l’intelligence artificielle a encore renforcé cette tendance.
Là où les entreprises avaient parfois mis plusieurs années à adopter le cloud, certaines ont intégré des outils d’IA générative dans leurs processus métiers en quelques mois seulement.
Toutefois, les événements récents autour de certains fournisseurs d’IA ont provoqué une prise de conscience chez de nombreux décideurs.
La question n’est plus uniquement de savoir quelle solution est la plus performante.
La véritable question devient : que se passerait-il si demain un fournisseur stratégique modifiait ses conditions d’accès, ses tarifs, sa politique de localisation des données ou ses priorités géographiques ?
Pour de nombreux DSI, cette réflexion marque le début d’une nouvelle étape : celle de la maîtrise des dépendances technologiques.
Une dépendance construite progressivement, souvent sans véritable stratégie de sortie
Cette situation n’est pas le résultat d’une mauvaise décision, au contraire…
La plupart des choix réalisés ces dernières années étaient parfaitement rationnels.
Les grands fournisseurs américains proposent des plateformes robustes, innovantes et souvent en avance sur leurs concurrents.
Lorsqu’une entreprise décide de migrer vers Microsoft Azure, AWS ou Google Cloud, elle cherche généralement à gagner en flexibilité, en disponibilité et en rapidité de déploiement et quand elle adopte Microsoft 365, Salesforce ou ChatGPT Enterprise, elle répond à des besoins métiers concrets.
Le problème n’est donc pas le choix initial, celui-ci apparaît lorsque l’organisation réalise qu’elle n’a jamais réellement préparé de scénario alternatif.
Cette situation rappelle d’ailleurs un sujet bien connu des DSI : la continuité d’activité.
La plupart des entreprises disposent aujourd’hui d’un plan de reprise après sinistre. Pourtant, très peu disposent d’un véritable plan de réversibilité vis-à-vis de leurs principaux fournisseurs technologiques.
Et c’est précisément cette différence qui devient aujourd’hui stratégique.
L’intelligence artificielle : la dépendance qui s’est créée le plus rapidement
Aucun domaine n’illustre mieux cette évolution que l’intelligence artificielle générative.
En 2023, la majorité des entreprises étaient encore en phase d’expérimentation. Quelques collaborateurs utilisaient ChatGPT pour rédiger des synthèses ou accélérer certaines tâches administratives.
En 2024, les premiers déploiements structurés apparaissaient.
Les développeurs adoptaient GitHub Copilot, les équipes marketing utilisaient l’IA pour produire du contenu et certaines directions métiers lançaient leurs premiers assistants internes.
En 2025, l’IA devenait un véritable outil de production.
Aujourd’hui, en 2026, certaines entreprises s’appuient quotidiennement sur ces technologies pour rédiger des propositions commerciales, analyser des contrats, produire des rapports, assister les centres de support ou accélérer le développement logiciel.
Cette évolution a été tellement rapide que la question de la dépendance est souvent passée au second plan.
Prenons l’exemple d’une société de conseil de 1 000 collaborateurs.
Après plusieurs années d’utilisation, ses consultants ont intégré l’IA dans la préparation de leurs missions, la synthèse documentaire et la rédaction de livrables. Les gains de productivité sont réels et mesurables.
Mais si demain l’outil utilisé devenait indisponible ou si son modèle économique évoluait fortement, l’impact dépasserait largement le simple confort utilisateur.
Une partie des processus de production serait directement affectée.
Le sujet n’est donc plus technologique.
Il devient opérationnel.
Le cloud : lorsque le succès devient lui-même un facteur de dépendance
La même logique s’observe dans le cloud.
Prenons le cas d’une ETI industrielle française ayant migré l’ensemble de son système d’information vers Azure entre 2020 et 2025… le projet est une réussite.
Les serveurs physiques ont disparu, les coûts d’infrastructure sont mieux maîtrisés et les équipes bénéficient d’une plus grande agilité.
Mais après plusieurs années, un constat émerge.
Les applications métiers, les bases de données, les sauvegardes, les mécanismes d’authentification et les outils collaboratifs reposent désormais sur un même écosystème.
Changer de fournisseur n’est pas impossible.
Simplement, cela devient beaucoup plus complexe, beaucoup plus long et beaucoup plus coûteux qu’auparavant.
C’est ce que les spécialistes désignent sous le terme de « vendor lock-in« .
Le fournisseur ne devient pas incontournable uniquement grâce à la qualité de ses services.
Il devient incontournable parce que l’entreprise a progressivement construit son fonctionnement autour de son environnement.
La plupart des DSI ne découvrent pas ce risque lorsqu’ils choisissent leur fournisseur, ils le découvrent lorsqu’ils commencent à étudier les scénarios de sortie…
Les plateformes de données suivent exactement la même trajectoire
Le phénomène est également visible dans les projets data.
De nombreuses entreprises ont investi massivement dans des plateformes telles que Snowflake ou Databricks car ces solutions apportent des bénéfices considérables en matière d’analyse, de pilotage et de valorisation des données mais après plusieurs années, les dépendances s’accumulent.
Des centaines de flux sont connectés à la plateforme, des tableaux de bord stratégiques alimentent les directions métiers, des algorithmes s’appuient directement sur les données hébergées.
À ce stade, une migration ne consiste plus à remplacer un outil, elle devient un programme de transformation à part entière.
Les DSI les plus avancés ne cherchent pas à remplacer leurs fournisseurs
Contrairement à certaines idées reçues, les entreprises les plus matures ne cherchent pas aujourd’hui à quitter massivement les grands acteurs américains, leur objectif est beaucoup plus pragmatique : elles cherchent à retrouver une capacité de choix…la nuance est importante.
L’objectif n’est pas de remplacer Microsoft par un concurrent européen du jour au lendemain mais de savoir comment réagir si cette hypothèse devait un jour devenir nécessaire.
Cette approche ressemble beaucoup à celle adoptée pour la cybersécurité.
Une entreprise ne met pas en place un plan de reprise d’activité parce qu’elle souhaite subir une cyberattaque, elle le met en place parce qu’elle refuse d’être prise au dépourvu.
La souveraineté numérique relève désormais de la même logique.
Les alternatives européennes gagnent progressivement en crédibilité
L’Europe ne dispose pas encore d’équivalents parfaits à tous les géants technologiques mondiaux, en revanche, elle dispose désormais d’un écosystème beaucoup plus mature qu’il y a quelques années.
Dans l’intelligence artificielle, Mistral AI est devenu l’un des symboles de cette montée en puissance.
L’intérêt de ces acteurs ne réside pas uniquement dans leurs performances technologiques.
Ils apportent également des réponses à des problématiques de gouvernance, de localisation des données et de maîtrise des environnements.
Le même phénomène s’observe dans le cloud avec OVHcloud, Scaleway, Outscale ou IONOS où ces acteurs ne prétendent pas reproduire l’intégralité des catalogues de services des hyperscalers américains mais répondent à de nombreux besoins d’entreprises cherchant davantage de maîtrise sur leurs infrastructures.
Dans la cybersécurité également, des entreprises comme Stormshield, Wallix ou Tehtris démontrent que l’innovation européenne peut constituer une alternative crédible sur certains segments stratégiques.
Comment préparer concrètement son plan de réversibilité ?
La première erreur serait de lancer un projet de migration sans vision globale.
Les organisations les plus avancées commencent généralement par réaliser une cartographie précise de leurs dépendances.
Un groupe industriel français ayant engagé récemment cette démarche a découvert que plus de 150 applications dépendaient directement ou indirectement de seulement trois fournisseurs stratégiques.
Ce constat ne l’a pas conduit à lancer immédiatement un programme de remplacement.
Il lui a permis de comprendre où se situaient réellement les risques.
L’étape suivante consiste à identifier les actifs critiques.
Toutes les applications n’ont pas le même niveau d’importance. Certaines peuvent être migrées relativement facilement. D’autres nécessitent plusieurs années de préparation.
Les DSI les plus prudents travaillent ensuite sur la réversibilité :
- Combien de temps faudrait-il pour transférer les données ?
- Quelles compétences seraient nécessaires ?
- Quels coûts devraient être anticipés ?
- Quels impacts métiers seraient à prévoir ?
Lorsque ces réponses existent, l’entreprise retrouve déjà une partie de sa souveraineté…même si elle ne change jamais de fournisseur.
La souveraineté numérique devient un sujet de gouvernance
Pendant longtemps, les entreprises ont abordé la transformation digitale sous l’angle de l’innovation et aujourd’hui, elles doivent également l’aborder sous l’angle de la résilience.
L’affaire Anthropic n’est probablement qu’un signal parmi d’autres.
Demain, les enjeux pourraient concerner l’intelligence artificielle, le cloud, la cybersécurité, les données ou de nouvelles technologies encore émergentes.
Le véritable sujet n’est pas de savoir si les entreprises européennes doivent abandonner les solutions américaines, ni de savoir si elles sont capables de continuer à fonctionner si elles doivent un jour s’en passer.
Les DSI qui travaillent dès aujourd’hui sur cette question ne cherchent pas à anticiper une crise, ils cherchent simplement à conserver leur liberté de choix.
Et dans un environnement technologique de plus en plus incertain, cette liberté devient sans doute l’un des actifs les plus stratégiques de l’entreprise.
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S-quaar accompagne les entreprises dans le recrutement de profils IT et le renforcement de leurs équipes techniques, à travers trois offres complémentaires : Prestation de service, Recrutement en CDI et Management de transition.
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Types d’interventions IT : DSI, infrastructures, projets et transformation digitale
Nous intervenons principalement en France, avec une forte proximité terrain, et ponctuellement à l’international selon les contextes.
Nos accompagnements couvrent l’ensemble des enjeux d’une DSI.
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Nous accompagnons également la modernisation des infrastructures (on-premise, cloud, hybridation), le support et l’assistance aux utilisateurs, ainsi que la gestion des environnements techniques.
Nos équipes interviennent aussi sur des sujets de cybersécurité, de gouvernance IT, de gestion des fournisseurs et de pilotage de la performance.
Enfin, nous accompagnons les projets de transformation digitale, notamment autour des ERP, des outils de data et de pilotage, et plus largement sur l’évolution des systèmes d’information.
Pourquoi choisir S-quaar comme partenaire IT & Digital
S-quaar est un cabinet de recrutement IT et un partenaire opérationnel des DSI, reconnu pour sa capacité à comprendre rapidement les enjeux techniques et métiers.
Nous privilégions une approche qualitative, basée sur une sélection exigeante des profils et une compréhension fine des environnements clients.
Notre objectif est simple : proposer des profils pertinents et immédiatement opérationnels, en CDI, en prestation ou en management de transition.
Nous intervenons avec un modèle au succès, sans exclusivité, permettant à nos clients d’avancer avec flexibilité tout en bénéficiant d’un haut niveau d’engagement.
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